Descrizione
Estratto
Le discours sur la nature est aujourd’hui dans une situation paradoxale : d’un côté, il est presque exclusivement scientifique ; de l’autre, les approches du cosmos demeurent multiples : certes scientifique, mais aussi philosophique, écologique, esthétique, psychologique, théologique, etc. L’article se propose d’accueillir cette diversité (polysémie) et d’en offrir une vision synthétique. Après un bref parcours historique (première partie), il progresse en trois temps, de plus en plus englobants, ponctués par des tableaux récapitulatifs. La première unification, univoque, qui concerne les cosmologies philosophiques et les sciences de la nature, s’organisent autour de trois perspectives complémentaires, atomiste, substantialiste et holistique (deuxième partie). La deuxième partie de l’article explorera les deux autres unifications.
Termes-clés:
Nature, sciences de la nature, cosmologie philosophique, cosmologie théologique, unité, méthode, transdisciplinarité, transcendantaux, être comme amour.
Abstract
Discourse on nature today finds itself in a paradoxical situation. On the one hand it is almost exclusively scientific. On the other hand approaches to the universe remain manifold: some are scientific, but at the same time philosophical, ecological, aesthetical, psychological, theological, etc. This article welcomes this polysemeity and offers a synthetic account of it. Following a brief historical outline (first part), the article develops in three movements, each one more encompassing. The first unification, univocal, which concerns philosophical cosmologies and natural sciences, is organized around three complementary perspectives: atomist, substantialist and holistic (second part). The second part of the article explores the other two unifications.
Keywords:
Nature, Natural Sciences, Philosophical Cosmology, Theological Cosmology, Unity, Cross-disciplinary Method, Transcendentals, Being as Loving
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« La philosophie naturelle se vit attribuer la plus petite part dans le soin des hommes.
Et, pourtant, c’est elle qu’il faut regarder comme la grande mère des sciences ».
« Nous avons perdu toute la poésie de l’univers ».
L’intelligence de la nature se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale. D’un côté, la lecture qui est donnée du cosmos est exclusivement scientifique ; le seul discours audible, reçu, relève des sciences empirico-formelles. Et même si ces propos plus théoriques sont maintenant presque toujours doublés de discours d’ordre pratique qui relèvent de la responsabilité éthique (précisément, écologique), les seconds s’étayent sur les premiers. Je retiendrai deux signes révélateurs de cette univocisation de l’approche cosmologique. Pendant des siècles, la nature fut l’objet d’études précises et précieuses de la part des philosophes qui, d’ailleurs, ne distinguaient pas, comme on le fait aujourd’hui, philosophie et sciences de la nature. Depuis quelques décennies – pour se limiter à la France4 –, les chaires de philosophie de la nature se sont raréfiées, au point de disparaître totalement au profit de chaires de philosophie des sciences – ce qui délivre un double enseignement implicite : seule la science est habilitée à parler de la nature de manière rigoureuse, les anciennes cosmologies philosophiques sont discréditées ; la philosophie est dépossédée d’un contenu propre, pour en demeurer à un discours réflexif sur les conclusions des sciences, l’épistémologie, les méthodes, etc. Corrélatif de cet effacement institutionnel, se rencontre la quasi-disparition des colloques de philosophie de la nature5. En fait, cet effondrement ne date pas d’aujourd’hui : « Si l’on s’en tient à la conception qui semble prévaloir aujourd’hui, la philosophie de la nature a pratiquement cessé d’exister – dit Norbert A. Luyten voici une soixantaine d’années. On est assez généralement d’avis que la science de la nature s’est très avantageusement substituée à la philosophie de la nature. L’étude de la nature est laissée à la seule science, tandis que le rôle de la philosophie se réduit à être une théorie de la science »6. Et l’auteur illustre son propos en observant que le xie Congrès international de philosophie où il intervient, en 1953, le programme ne laisse aucune place à la philosophie de la nature, mais bien à la philosophie des sciences de la nature, alors que le congrès précédent, daté de 1948, avait réservé une section à cette même cosmologie philosophique7. Enfin, l’affaissement institutionnel s’accompagne d’un appauvrissement éditorial, non pas absolu, mais relatif : livres et articles continuent à paraître en philosophie de la nature ut sic8 ; mais cette littérature paraît indigente comparativement aux ouvrages ou aux manuels d’épistémologie ou d’histoire de la philosophie des sciences et, bien entendu, la bibliographie étrangère, par exemple, anglophone9 ou, moins connue, italophone10, en cosmologie philosophique.
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